


REPORTAGE - Entre panorama exceptionnel et menace permanente des incendies, les habitants des hauteurs de La Ciotat voient leur quotidien bouleversé par des étés toujours plus chauds et une sécheresse historique. Reportage au cœur d’un territoire où la beauté du paysage n’efface plus l’inquiétude.
Ici, le regard se perd sur l’immensité de la Méditerranée. D’un côté, les reliefs boisés du massif des Crêtes et du Grand Caunet. De l’autre, une mer d’un bleu profond qui semble offrir un décor de carte postale. Chaque matin, les habitants de ces quartiers perchés savourent un privilège rare : vivre au cœur d’une nature préservée. Mais depuis plusieurs années, cette qualité de vie s’accompagne d’une angoisse qui ne cesse de grandir.

À mesure que les températures battent des records et que les épisodes de sécheresse s’intensifient, les massifs forestiers qui entourent ces habitations deviennent aussi une source de préoccupation permanente. (Photo : ©Fréquence Nautique)
L’été 2026 marque un nouveau tournant. Canicule exceptionnelle, déficit pluviométrique historique et végétation desséchée placent le sud-est de la France sous une vigilance de tous les instants. Dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Var voisin, le moindre départ de feu peut rapidement prendre une ampleur considérable.
"DÈS QU'ON SENT UNE ODEUR, ON REGARDE LA COLLINE"
« Ici, dès qu’on sent une odeur de fumée, tout le monde regarde vers la colline » Dans ces quartiers résidentiels nichés au milieu des pins d’Alep, chacun connaît les consignes. Les obligations de débroussaillement sont respectées, les accès aux massifs sont surveillés et les journées de mistral sont redoutées.
« On profite d’un cadre de vie exceptionnel, mais on sait que tout peut basculer très vite », confie un habitant installé depuis près de vingt ans aux plaines marines sur les hauteurs de La Ciotat.
Une autre riveraine résume un sentiment largement partagé : « Dès qu’un hélicoptère de la Sécurité civile passe au-dessus de la maison ou qu’une odeur de fumée arrive avec le vent, on interrompt tout. On cherche immédiatement d’où cela vient. » Des réflexes qui, autrefois exceptionnels, sont devenus presque habituels.
PARTICULIÈREMENT EXPOSÉ
Les secteurs des Crêtes, du Grand Caunet ou encore des plaines Baronnes concentrent plusieurs facteurs de risque. Les habitations y sont souvent implantées au milieu d’une végétation méditerranéenne dense, composée de pins, de chênes verts, de maquis et de garrigue.
En période de forte chaleur, cette végétation constitue un combustible idéal. Si le mistral se lève, les flammes peuvent progresser à une vitesse impressionnante en remontant les vallons jusqu’aux zones habitées.
Les services de secours rappellent régulièrement que les premières minutes d’un incendie sont souvent décisives.
De mémoire de Ciotaden, on se souvient de l'été 1982 où un incendie parti d'un barbecue sur la plage de l'Arène à Cassis, attisé par un fort mistral, avait ravagé en quelques heures, le massif des crêtes jusqu'aux portes de La Ciotat.
DES ÉTÉS QUI CHANGENT DE VISAGE...
Longtemps, les habitants associaient la saison estivale aux baignades et aux soirées en terrasse.
Aujourd’hui, elle est aussi rythmée par les arrêtés préfectoraux limitant l’accès aux massifs forestiers, les alertes météo, les patrouilles aériennes et la surveillance constante des collines.
« Nous avons toujours vécu avec le risque incendie, mais jamais à ce niveau », estime un propriétaire rencontré dans le secteur. Comme beaucoup, il a remplacé certaines haies par des essences moins inflammables et entretient désormais plusieurs dizaines de mètres autour de son habitation.

Dans les zones habitées sur les hauteurs de La Ciotat, comme ici aux plaines Baronnes, on aperçoit des bornes à incendie au bord des routes. (Photo : ©Fréquence Nautique)
Les scientifiques observent une multiplication des épisodes de chaleur extrême dans le bassin méditerranéen. Les sécheresses sont plus longues, les sols plus secs et la saison des incendies commence désormais de plus en plus tôt.
Pour les habitants des hauteurs de La Ciotat et de Ceyreste, cette évolution n’est plus une projection mais une réalité quotidienne. Ils continuent de vivre dans un environnement exceptionnel, entre mer et collines. Mais derrière la beauté de ce paysage emblématique de la Provence, chacun sait désormais qu’un été peut suffire à tout remettre en question.
Photo : ©Fréquence Nautique
La rédaction
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