


Il y a un siècle, les chantiers navals de La Ciotat construisaient des hydravions. Alors que la France manque aujourd’hui de bombardiers d’eau face à des incendies toujours plus violents, cette page méconnue de notre histoire industrielle prend une étonnante résonance.
Lorsque l’on évoque les chantiers navals de La Ciotat, chacun pense immédiatement aux grands paquebots, aux navires marchands ou aux bâtiments militaires qui ont forgé la réputation internationale de la ville. Pourtant, peu de Ciotadens savent qu’une autre aventure industrielle s’est écrite ici, dans les années 1920 : celle de la construction d’hydravions.
En 1925, la Société Provençale de Constructions Navales crée une filiale spécialisée, la Société Provençale de Constructions Aéronautiques (SPCA), installée au sein même des chantiers. Son ambition est alors audacieuse : fabriquer des avions capables de décoller et d’amerrir, destinés aussi bien aux missions militaires qu’aux futures lignes aériennes maritimes.
Le choix de La Ciotat n’avait rien d’un hasard. Les ouvriers maîtrisaient déjà les techniques de construction des coques métalliques, du rivetage et des structures complexes. Les compétences acquises dans la construction navale trouvaient naturellement leur prolongement dans celle des hydravions, dont la coque flottante répondait à des contraintes proches de celles d’un navire.
Entre la fin des années 1920 et le début des années 1930, plusieurs modèles voient le jour, tandis que l’entreprise construit également des appareils sous licence et assure la maintenance de moteurs aéronautiques. Cette aventure prendra fin quelques années plus tard, victime des difficultés économiques et de la réorganisation de l’industrie aéronautique française.
Près d’un siècle plus tard, l’histoire semble pourtant faire un étonnant clin d’œil. Chaque été, la France est confrontée à des incendies d’une ampleur croissante. Les bombardiers d’eau, communément appelés « Canadair », sont devenus des outils indispensables pour protéger les populations et les massifs forestiers. Pourtant, la flotte française vieillit, les appareils sont fortement sollicités et leur renouvellement reste un défi industriel majeur, dans un contexte où les besoins augmentent plus vite que les capacités de production.
Bien sûr, personne ne prétend que les chantiers navals de La Ciotat pourraient demain construire des Canadair modernes. Les technologies, les matériaux et les exigences de certification n’ont plus rien de comparable avec celles des années 1920.
L'HISTOIRE N'A PAS VOCATION À SE RÉPÉTER MAIS ELLE PEUT INSPIRER...
Mais cette histoire rappelle une réalité souvent oubliée : La Ciotat a déjà su réunir, il y a cent ans, les compétences maritimes et aéronautiques nécessaires à la construction d’appareils amphibies. Ce savoir-faire, aujourd’hui disparu, témoigne de la formidable capacité d’innovation industrielle dont notre territoire a été capable.
À l’heure où la France réfléchit à renforcer sa souveraineté industrielle dans le domaine des avions bombardiers d’eau et où plusieurs projets européens émergent, cette mémoire locale mérite d’être redécouverte.
La Ciotat ne fut pas seulement une ville de constructeurs de navires. Elle fut aussi, pendant quelques années, une terre d’hydravions. Et alors que le changement climatique redéfinit les priorités industrielles du pays, cette page oubliée de notre patrimoine résonne aujourd’hui avec une étonnante actualité.
Parfois, les solutions de demain trouvent leurs racines dans les audaces d’hier.
Photo : ©Fréquence Nautique (archive)
La rédaction
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